Frontière : le Cambodge dans le traquenard vietnamien

click==>texte en khmer

CFC-CBC 17072015 F

Frontière : le Cambodge dans le traquenard vietnamien

Depuis trois ans, en toutes occasions, les maîtres de Hanoi n’ont cessé de presser Hun Sen de terminer rapidement l’abornement de la frontière terrestre entre le Cambodge et le Vietnam. En juin 2015, en condamnant les « violences » à la frontière, de Thbông Khmum à Svay Rieng, – qu’ils ont sciemment provoquées ! -, les Viêts ont de nouveau, avec insistance, réclamé que « les deux pays (achèvent) au plus tôt les travaux de délimitation et de bornage, en 2015 ».

Devant la pression de Hanoi , Hun Sen semblait trainer les pieds, sans doute à cause des abus et violations continuelles des Viêts de leur « traité additif » de 2005 dans les opérations de délimitation et de bornage de la frontière sur le terrain. En juin et juillet 2015, les ministres de Hun Sen, Hor Nam Hong et Va Kim Hong, ont fini par dénoncer publiquement ces violations et appropriations territoriales viêts, tout en révélant les échecs successifs des négociations (secrètes) de plusieurs années passées,
au sein du Comité mixte vietnamo-khmer pour les frontières. De même, la dernière réunion de trois jours, du 7 juillet 2015, à Phnom-Penh, dudit Comité mixte n’a rien donné sur la question de la délimitation de la frontière, ni sur celle du bornage sur le terrain des zones contestées, sauf de vagues promesses viêts de « revoir » les problèmes des mares creusées en Ratanakiri et de la construction d’une route à la frontière de Svay Rieng.

Le but visible de Hanoi, dans le contexte actuel d’une tension grandissante entre le Vietnam et la Chine à propos des îles en Mer de Chine du sud, est de terminer rapidement, à son avantage, la nouvelle délimitation de la frontière terrestre du Cambodge, et de fixer ensuite la frontière maritime incluant définitivement au Vietnam les îles Koh Tral et Koh Krachak Sés, ainsi qu’une grande partie de la mer territoriale khmères du Golfe du Siam qu’il a annexées de force par un « Accord » illégal avec Hun Sen en 1982. Les procédés des Viêts, depuis de siècles, et jusque dans les années 1970, n’ont pas variés : forts de leur domination militaire, les Viêts se sont approprié progressivement des les terres khmères des zones frontalières, soi-disant non encore délimitées (des « zones blanches ») pour leurs habitations, leurs cultures et l’installation des postes militaires, en attendant de forcer, par une attaque meurtrière ou une guerre, des accords « légaux » de la partie khmère d’une nouvelle délimitation de la frontière. Puis, les mêmes procédés se poursuivent, se répètent, pour de nouvelles conquêtes encore… C’est cela le traquenard viêtnamien.

Aujourd’hui, de nouveau, la question centrale soulevée par les Khmers, est celle des cartes géographiques utilisées par les deux parties pour la délimitation et le bornage de la frontière commune. Va Kim Hong, le 2 juillet dernier, a fait savoir que jusqu’à présent la « seule » carte utilisée par le Comité mixte a été « fournie par le Vietnam » lequel

avait « copié la carte française de 1/100000e que le feu roi Norodom Sihanouk a déposée à l’ONU en 1964″(sic!). Les députés du Parti de Sauvetage national cambodgien (Opposition) ont affirmé, comme l’avait fait le feu roi Norodom Sihanouk en décembre 2004, que la carte en question était une carte française « falsifiée ». De plus, il y avait bien une autre carte utilisée par le Comité mixte, celle de 1/50000e, établie par l’Armée américaine au début de 1970 que le Cambodge n’a jamais reconnue. Les opposants, avec raison, réclament donc la révocation pure et simple du « traité additif » de 2005, qu’ils disent contraire à la Constitution du Royaume et au Droit international.

Le 6 juillet 2015, Hun Sen, soudainement, décide d’écrire au Secrétaire Général de l’ONU de lui « prêter » la carte déposée en 1964 par le feu Roi Norodom Sihanouk, afin « d’assurer le respect (international) de l’intégrité territoriale du Cambodge dans ses frontières actuelles d’alors, conformément au Droit International… et pour que ces frontières ne puissent absolument jamais être révisées et changées », une volonté que lui-même, Hun Sen, « respecte fidèlement, sans s’en détourner » (!). Hun Sen a tenu à préciser ensuite que cette carte « Norodom Sihanouk » de 1964 servira à « vérifier l’authenticité des cartes (que son Gouvernement a) utilisées pour les délimitations des frontières terrestres et maritimes du Cambodge avec les pays voisins ». Le 15 juillet, pour les mêmes raisons et engagements, et pour demander leur assistance technique, Hun Sen écrivit aux trois Grandes puissances occidentales : la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis d’Amérique.

Certains y voient un signe de changement d’attitude politique de Hun Sen vis-à-vis du Vietnam. Mais, peut-on compter sur ces engagements (réitérés) d’un homme qui, depuis vingt ans, n’a cessé de mentir et de tromper l’opinion sur la question de cette frontière ?

Notre première question est : étant donné l’échec total des négociations bilatérales, depuis plusieurs années, sur les faits accomplis viêts, Hun Sen a-t-il suffisamment de moyens et de courage à remettre en cause, sinon à dénoncer formellement le traité additif de 2005 ?

La démarche logique et légitime est qu’il porte officiellement l’affaire à l’examen et à la résolution des signataires des Accords de Paix de Paris de 1991 sur le Cambodge, Accords garantissant précisément « la préservation et la défense de la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité et l’inviolabilité territoriales du Cambodge ». Ce sera la meilleure solution diplomatique du problème, car le Vietnam, également signataire de ces Accords, ne pourra s’y soustraire, ni se refuser à répondre de ses responsabilités.

Faire autrement, c’est plonger le Cambodge dans le traquenard funeste de l’expansionnisme criminel vietnamien.

Paris, le 17 juillet 2015

P. Le Comité des Frontières du Cambodge en France et dans le Monde

Dy Kareth

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *